Entretien avec le docteur Annick Tibi
Présidente du jury Médicament et Travaux de recherche
PD, PhD
Cheffe du Département Essais Cliniques, AGEPS, AP-HP
Maitre de Conférences – Responsable de l’UP « Développement pharmaceutique et innovation »- Faculté de Pharmacie – Université de Paris
Que représente le Prix Galien pour vous ?
Le Prix Galien pour moi est un levier de valorisation et de mise en lumière d’un certain nombre d’innovations en santé, dans le sens le plus large de cette expression.
Vous souvenez-vous du moment où l’on vous a proposé de présider le jury ?
J’ai un attachement très fort au Prix Galien, tant pour son concept que pour la reconnaissance qu’il offre. Depuis plus de 30 ans, je travaille au sein de l’établissement pharmaceutique de l’AP-HP, une structure publique qui développe et met à disposition des médicaments répondant à des besoins médicaux non couverts par l’industrie.
Notre établissement a eu l’honneur de recevoir le Prix Galien, et je garde un souvenir marquant de la joie et de la fierté des équipes impliquées dans ce projet.
Lorsque l’on m’a proposé d’intégrer le jury Médicaments et Travaux de Recherche, j’ai ressenti un immense honneur. Alors, imaginez ma fierté lorsque l’on m’a confié la présidence du jury !
Comment se déroulent les délibérations ?
Le processus est rigoureux et structuré. En amont, nous recevons les dossiers de candidature, soigneusement préparés par une équipe organisatrice très impliquée. Cette équipe s’assure que les dossiers respectent les critères de recevabilité avant de nous les transmettre.
Quelques mois avant les délibérations, nous nous réunissons en visioconférence pour une première discussion sur les dossiers soumis. Chaque dossier est étudié par deux rapporteurs, qui en font une analyse approfondie.
Durant l’été, chaque rapporteur rédige un rapport détaillé et échange avec son binôme pour clarifier d’éventuelles questions. Puis, nous nous retrouvons physiquement (ou en format hybride) pour les délibérations finales. Chaque rapporteur présente ses conclusions et un vote est organisé pour désigner les lauréats.
Votre rôle en tant que présidente vous donne-t-il un pouvoir particulier lors des délibérations ?
Non, mon vote a le même poids que celui des autres membres du jury. Mon rôle consiste avant tout à coordonner les échanges, à garantir que chaque avis soit entendu et que le débat reste structuré. Je veille à ce que nous ne perdions pas le fil d’une réflexion ou d’un argument. C’est donc un travail d’animation plus qu’un rôle décisionnaire prépondérant.
Auriez-vous un conseil à donner aux membres du jury ?
Nous avons la chance d’avoir un jury composé d’experts reconnus, habitués à analyser des dossiers complexes. Je n’ai donc pas de conseils à leur donner. Chaque membre sait à quel point le Prix Galien est prestigieux et représente une étape importante pour les lauréats.
Et aux candidats qui hésitent à postuler ?
L’innovation en santé ne se limite pas aux révolutions majeures. Bien sûr, nous rêvons tous de découvrir une avancée disruptive qui bouleverse totalement les pratiques médicales. Mais il ne faut pas sous-estimer l’innovation incrémentale : ces progrès, parfois modestes en apparence, améliorent significativement la prise en charge des patients.
J’encourage donc toutes les équipes qui répondent aux critères de candidature à postuler, sans auto-censure. Il n’y a pas chaque année une innovation de rupture, mais chaque pas en avant compte dans l’amélioration des soins.
Qu’est-ce que l’innovation en santé pour vous ?
C’est une approche globale centrée sur le patient. Elle englobe à la fois la prévention, la restauration et l’amélioration de la santé.
Le jury que je préside couvre deux extrémités du processus d’innovation : d’un côté, les travaux de recherche, qui ouvrent la voie à de nouveaux médicaments ; de l’autre, des médicaments déjà développés et accessibles aux patients.
Mais l’innovation en santé ne se limite pas aux nouveaux traitements. Le Prix Galien valorise aussi des initiatives organisationnelles : accompagnement des patients, soutien aux proches, actions des associations… Ces dimensions participent pleinement au progrès du système de santé, en intégrant une dimension sociétale essentielle.
Y a-t-il une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
Oui, j’aimerais insister sur la nécessité d’une plus grande diversité de candidatures, en particulier dans la catégorie des médicaments.
Le Prix Galien médicaments, ce n’est pas un seul Prix. En fait, il y a au sein de ce Prix Galien quatre Prix :
- Médicaments ambulatoires
- Médicaments hospitaliers
- Médicaments pour maladies rares
- Thérapies innovantes (thérapies géniques, cellulaires, etc.)
Nous n’avons donc pas à choisir entre un médicament destiné aux maladies rares et une thérapie innovante révolutionnaire. Nous pouvons valoriser plusieurs avancées majeures dans des domaines complémentaires.
J’encourage vivement les équipes à candidater, car toute innovation qui répond à un besoin médical non satisfait mérite d’être mise en lumière.